—En bas de la côte, jetez-vous en bas de la côte, capitaine! cria Nick, ramassant à la hâte, la carabine que la violence du choc avait fait tomber de ses mains, et se retranchant derrière une grosse roche erratique apportée par les eaux sur le rivage.

Il était environ cinq heures du matin.

Les trois aventuriers se trouvaient sur la rive septentrionale de la branche méridionale de la Caoulis vers un de ces endroits appelés cañons ou barranca, par les Espagnols et coulées par les Canadiens-Français. Ils semblait que le lit primitif de la rivière eût été desséché après une révolution terrestre et transporté par cette même révolution à quelques cents mètres au delà. Maintenant, le premier lit formait une vallée étroite dont le fond était tapissé par un riche gazon tout émaillé de petits oeillets roses, d'helianthèmes et de lupin bleu, mais dont la crête, vers le nouveau cours d'eau, était aride, caillouteuse, hérissée de ronces et d'épines.

L'autre bord, au contraire, celui qui regardait la plaine, ondulait doucement en verte prairie, parquetée de fleurs aussi embaumées que brillantes et fuyait, par molles boursouflures, plantées de tulipiers, de tamaracks ou de magnolias, jusqu'aux bornes de l'horizon.

—Ici, mes chiens! allez-vous pas vous faire assassiner comme des brutes par ces carcajoux? Nick, tandis que Villefranche aidait Jacques à s'asseoir à quelques pas du trappeur sur la déclivité de la coulée.

—Ce n'est rien, monsieur, une égratignure disait le vieux domestique.

—Voyons ça, voyons ça, dit Poignet-d'Acier.

—Ça n'en vaut pas la peine, monsieur. La balle n'a fait qu'effleurer la cuisse.

—N'importe. Je veux panser ta blessure.

Et Villefranche, déchira le pantalon de Jacques.