—Où sont-ils donc? interrogea-t-il en s'allongeant sur la pente du canon, son fusil en avant.
—Dans un îlot, à cent verges d'ici. Je ne vois plus Joe à présent; il s'est caché dans une touffe d'oseraie, avec Pad, sans doute. Qu'il montre un peu sa tignasse et Nick Whiffles lui plombera les dents, ô Dieu! oui.
—Comment tu trouves-tu? dit Villefranche à Jacques.
—Assez bien pour vous donner un coup de main, monsieur, répliqua-t-il en se tournant sur le ventre et rampant jusqu'à la hauteur de son maître.
—Penses-tu que tu pourras marcher?
—Que oui, monsieur, que oui; car, à l'exception d'un fourmillement le long de la cuisse, je me sens aussi ingambe qu'avant l'accident.
—Tenez-vous tranquilles! dit Nick qui, après avoir rechargé sa carabine, étendu sur le dos, pour ne pas se découvrir aux ennemis, s'était remis en position et fouillait du regard un massif d'osiers et de saules, bordant une petite île distante d'environ cent pas de la rive.
Pendant cinq minutes il y eut un silence profond, troublé seulement par le frémissement de la brise matinale dans le feuillage et le clapotis des eaux sur la grève.
Tout à coup le cri aigu d'une orfraie déchira l'espace. Il était assez éloigné et semblait partir de l'autre côté de la rivière.
Deux autres cris, semblables au premier, mais plus rapprochés, lui répondirent.