—Par le tonnerre! c'est comme tu le dis, appuya Joe. Nous irons avec une dizaine d'hommes les saluer au débouché de la coulée.

—Pas toi, dit l'Irlandais; dès que le reste de nos gens sera arrivé, tu leur feras la chasse dans cette gorge, et moi je monterai vers l'entrée avec trois canots. Nous les prendrons entre deux feux.

Ayant choisi les plus adroits tireurs de sa troupe, Pad s'éloigna. Il gagna promptement l'île flottante, et comme elle lui paraissait aussi bien située pour attaquer ses ennemis que pour ne pas s'exposer aux coups de la redoutable carabine de Poignet-d'Acier, il s'y mit en observation.

Pendant ce temps, Joe pénétrait dans la coulée avec le reste de leurs forces.

Le surlendemain, il arriva au bord de la Caoulis sans avoir pu rattraper les francs-trappeurs. Surpris de n'avoir pas rencontré Pad, il doubla, en canot, le gros cap qui formait un des angles de la rivière et du cañon, tourna à gauche et se porta droit vers le mont Sainte-Hélène, supposant, avec raison, que les fuyards y chercheraient un refuge s'ils réussissaient à tromper la vigilance de Pad.

Dans la nuit précédente, celui-ci avait été éveillé en sursaut par un choc violent.

C'était l'îlot qui, remis en liberté grâce à Nick Whiffles, venait de se heurter à un récif.

L'Irlandais comprit immédiatement qu'il avait manqué son coup, et que Poignet-d'Acier lui damait le pion une fois de plus. Il se leva en jurant, sauta en canot avec ses hommes, passa la rivière et se dirigea aussi vers le mont Sainte-Hélène. Au point du jour, tomba sur la piste des francs-trappeurs. A midi, traversait le gué qu'ils avaient franchi dans la matinée, et, à trois heures, il ralliait Joe, à un mille environ du ravin où le pauvre Jacques terminait douloureusement son existence.

En atteignant le sommet du précipice, Nick Whiffles les aperçut réunis, avec vingt-cinq ou trente hommes, au pied de la montagne.

Il eût été absurde de vouloir lutter contre un pareil bataillon.