Cependant il ne tomba aucune goutte de pluie. C'était ce que les
Canadiens-Français appellent une orage sèche.
Depuis leur départ, les deux cavaliers n'avaient pas échangé une parole.
Oli-Tahara s'était contenté de stimuler l'ardeur de son buffle. Poignet-d'Acier était absorbé par la pensée de l'or qu'il avait trouvé. Il eût voulu être seul pour examiner la gangue qu'il serrait convulsivement dans sa poche avec la main gauche, tandis que, de l'autre, il se soutenait au métis qui conduisait leur monture.
Après quatre heures d'une course effrénée, Oli-Tahara suspendit l'allure de Tonnerre. La tempête grondait toujours. Mais elle paraissait s'éloigner à mesure qu'ils se portaient vers le nord.
—Où mon frère veut-il que je le mène? demanda soudain le métis.
—Mon frère sait-il si on peut revenir, par le sud, au point où il m'a pris? fit Poignet-d'Acier.
—On le peut.
—Eh bien! campons ici. Les gens de la Compagnie nous ont perdus de vue.
Demain je retournerai là-bas, rejoindre un compagnon que j'y ai laissé.
Mon frère sera libre d'aller où ses affaires l'appellent. Je le remercie
du service qu'il m'a rendu.
—Mon frère m'avait sauvé la vie, nous sommes quittes, répliqua simplement le Bois-Brûlé en mettant pied à terre.
Villefranche l'imita.