Un long bateau, creusé dans un tronc d'arbre, fut poussé à l'eau, et les cinq hommes, parfaitement armés, s'y embarquèrent. Poignet-d'Acier s'assit au gouvernail, les trappeurs ramèrent.

Le temps était toujours beau, le ciel pur et sans nuages.

Au moment où le soleil se penchait à l'horizon, l'embarcation arriva près du cap Désappointement.

—Ne distinguez-vous pas une colonne de fumée, au-dessus de la falaise dit Jacques à son maître.

—Je la vois depuis une dizaine de minutes. Ce sont nos Chinouks sans doute. Nous aborderons dans cette anse, sur la droite.

Et il indiquait du doigt une étroite baie, plantée de roseaux.

Ils attérirent, cachèrent le bateau dans les roseaux, renouvelèrent l'amorce de leurs carabines et se mirent à grimper en silence le long de la côte. L'escalade était difficile, mais tous étaient exercés ces sortes d'ascensions. Bientôt, ils atteignirent le faîte du cap Désappointement.

—Halte! fit Poignet-d'Acier qui rampait en avant. Ses compagnons s'arrêtèrent.

—Avancez-vous derrière ces broussailles, reprit-il en montrant des buissons qui hérissaient la crête de la falaise. J'aperçois les Peaux-Rouges. Ils ne soupçonnent pas notre présence; au mot feu! tirons tous ensemble.

Moins d'une minute après, cinq coups de carabine faisaient résonner les échos de la côte.