«Je commande les Clallomes, je vengerai la mort de Ouaskèma.»
En récitant cette mélopée, du ton traînard et nasal particulier aux Indiens, le chef s'accompagnait tambourin en peau d'elk, sur lequel il frappait avec un petit bâton. A chaque strophe, il se livrait à des contorsions frénétiques, que les autres imitaient en poussant des cris assourdissants; à la dernière, les cris et les contorsions redoublèrent pendant une demi-heure, puis ils cessèrent tout d'un coup, chaque guerrier prit un tison dans le feu et sortit de la hutte en se dirigeant vers un grand poteau dressé au milieu du village. Au pied du poteau, le jeesukaïn qui avait reçu Pad se tenait agenouillé, réduisant en poudre fine des écorces sèches dont il entourait le piquet.
L'un après l'autre, les chefs déposèrent leur tison sur cette poussière et le sorcier souffla sur les charbons. La poussière s'étant enflammée, celui-ci se releva et se joignit aux guerriers qui dansaient et vociféraient autour du poteau, lequel bientôt prit feu, craqua et s'abattit au milieu des hurlements de la foule attirée par ce spectacle.
Comme, dans sa chute, l'arbre n'avait atteint personne, les Clallomes en conclurent que leur expédition contre les visages-pâles serait favorable.
Le poteau à bas, les guerriers se jetèrent à l'envi sur les charbons, qui, dans leurs croyances, devaient les rendre invincibles.
Tandis qu'ils se disputaient ces amulettes, leur jeesukaïn, déchaussant avec un couteau sacré le tronçon du poteau resté dans le sol, enlevait ce tronçon et retirait de dessous une hache en pierre.
Cette hache était la hache de guerre.
Il la remit au sachem principal des Clallomes, et ceux-ci se préparèrent aussitôt à entrer en campagne.
Pad avait profité de la confusion qui accompagna l'exhumation de la hache de guerre pour s'esquiver, et sortir de l'i-e-nush.
Son plan réussissait à souhait, aussi s'applaudissait-il de l'avoir mis à exécution.