Peu à peu les membres du Dompteur-de-Buffles s'amollirent, s'échauffèrent, frémirent. Alors Poignet-d'Acier replaça le tube dans son étui de fer-blanc d'où il sortit un onguent dont il frotta la plaie. Puis il dit au trappeur:
—Et maintenant, à nous deux, mon camarade!
Jean savait ce que cela signifiait, car aussitôt il déchira en morceaux son capot de couverte, déboucha sa gourde, versa du rhum sur un des morceaux, le donna au capitaine, en humecta un autre, et tous deux frictionnèrent rudement les membres et le corps du métis.
La coagulation du sang ne tarda pas à se dissiper. Les battements du coeur augmentèrent. La chaleur rayonna du centre à la périphérie; la souplesse, l'élasticité revinrent aux nerfs, la vie enfin circula à grands courants dans ce corps naguère presque inerte.
Le Dompteur-de-Buffles étira ses bras, puis ses jambes, puis il secoua la tête, puis il ouvrit les yeux.
—Verse-lui quelques gouttes de tafia sur les lèvres, Jean; ça achèvera de le ranimer, dit le capitaine.
Jean obéit, et le métis se souleva aussitôt et se mit sur son séant.
Le taureau bondit et mugit tour à tour.
D'abord le Bois-Brûlé promena devant lui des regards effarés, comme une personne brusquement arrachée au sommeil. Mais la mémoire lui revint bien vite.
Il reconnut le capitaine, qu'il avait plus d'une fois rencontré dans ses excursions.