Cessant de s'occuper à l'extinction du feu qui consumait le chêne,
Baptiste se rapprocha de son interlocuteur et lui dit à voix basse:

—J'y étais.

—Tu y…

Jean ne put achever; dix doigts nerveux s'étaient noués autour de son cou et ses lèvres n'articulèrent qu'un son rauque, strangulé. Le trappeur se débattit en vain. En moins d'une minute son camarade et lui, surpris à l'improviste par une bande de Peaux-Rouges, étaient garrottés et attachés à deux arbres voisins. Les Peaux-Rouges, au nombre d'une vingtaine, appartenaient à la tribu des Clallomes. Ils étaient entièrement nus, bariolés de peintures hideuses et armés en guerre: le tomahawk, le couteau d'obsidiane, les flèches, le carquois ouvert sur le côté, les lances terminées par des arêtes de poisson et le grand bouclier de peau de buffle, rien ne manquait.

Contrairement à leurs habitudes, ils effectuèrent leur capture sans proférer un cri.

Les deux blancs, mis en sûreté, ils s'assemblèrent autour du chêne qui flambait toujours avec d'effroyables craquements, et tinrent conseil.

—Eh bien, père Baptiste, voilà un ours qui va nous coûter au moins les yeux de la tête, dit Jean à son compagnon d'infortune.

—Dis plutôt, mon garçon, qu'il nous coûtera la peau de la tête, car les reptiles nous scalperont immanquablement, répliqua philosophiquement.

—Et c'est ce maudit Pad qui en est cause!

—Tu pourrais avoir raison, Jean. Lui ou un autre, après tout, qu'est-ce que ça fait? Ce qui me gêne, vois-tu, c'est de m'être laissé prendre comme une dinde par des renards. Pourvu encore que les autres ne reviennent pas!