—Tu badines, mon cousin.

—Regarde et demeure tranquille.

La Petite-Hirondelle parlait avec vivacité au sachem, qui l'écoutait avec une déférence que n'ont point ordinairement les Indiens pour les enfants, surtout pour les blancs. Mais Merellum était la favorite de Ouaskèma, la jeesukaine du parti de Clallomes qui s'était emparé de Baptiste et de Jean. La tribu tout entière craignait Ouaskèma autant qu'elle la révérait, et Merellum avait part à la considération dont jouissait sa protectrice. Après avoir narré l'attaque de Ouaskèma par les Chinouks et sa délivrance par Poignet-d'Acier et ses gens, elle demanda la liberté des deux captifs.

Les Clallomes, s'étant consultés, se rendirent à son désir.

Merellum trancha elle-même les liens des trappeurs qui, on le concevra aisément, la comblèrent de caresses.

—Mes frères les visages-pâles viendront avec nous chercher la vierge clallome dans le wigwam des chefs blancs, leur dit le sachem. Mais, avant de partir, partageront avec nous la chair de l'ours qu'ils ont tué et le sucre des mouches du Grand-Esprit.

Tandis que quelques-uns des sauvages dépeçaient la venaison et que d'autres coupaient le chêne pour en extraire le miel qu'y avaient déposé les abeilles, Merellum conta aux trappeurs son enlèvement de la fumerie, puis la manière dont elle avait échappé aux violences de l'Irlandais.

—Je me suis jetée à l'eau, dit-elle en terminant; j'ai traversé le fleuve à la nage et je suis rentrée à la loge au moment où Jean y arrivait avec les deux autres. Ils ont été joliment contents de me revoir.

—Mais o? sont-ils donc? demanda Baptiste.

—Là, dans le fourré. En revenant près de vous, j'ai aperçu les Clallomes à la chute du feu. Alors j'ai dit à vos frères de se tenir cachés pendant que j'irais toute seule parler au chef qui m'aime bien, parce qu'il aime ma bonne tante Ouaskèma.