C'était le calme qui précède la tempête.

—Vous me rendrez raison de ce coup, dit Hendricks; oui, vous m'en rendrez raison. Je pourrais vous tuer maintenant; mais je ne le veux pas. Il me faut une punition plus complète. Vous m'avez pris par surprise et frappé dur; mais le couteau-bowie frappe plus dur encore; je choisis cette arme.

—Soit, répliqua Pathaway.

Hendricks ou le capitaine Dick, comme il se nommait, suivant les circonstances, tira de sa gaine un énorme coutelas dont il essaya le tranchant avec le dessous du pouce, et qu'il plaça à côté de lui.

Dans le cours des événements ordinaires de la vie, cette action eût été simple, mais alors elle devait faire trembler; tellement les motifs de l'homme donnent de coloris à ses actes; car toute chose a sa signification et nous cherchons la signification de toute chose.

—Ne vous hâtez pas, capitaine, il y a temps pour tout, dit Pathaway. Ne suffira-t-il pas que l'un de nous meure avant demain soir? Pensez-vous que raisonnablement il faille à chacun de nous moins de temps pour se préparer? Pour vous, vous avez sur les bras quelques mauvaises affaires dont vous devrez rendre compte. Le sang, vous le savez, n'est jamais silencieux. Il crie toujours vengeance. On ne peut ni l'ensevelir, ni l'étouffer. Peut-être le juge suprême vous demandera-t-il: «Où est Portneuf, le voyageur? où est André Jeanjean, le trappeur?» quelle sera votre réponse, capitaine Dick?

—Je vois que tu en sais trop, beaucoup trop. Je dois fermer ta bouche et livrer ta langue aux vers.

Ce disant, il déposait ses pistolets à terre et débouclait sa ceinture rouge.

—Un moment, dit Pathaway. Nos avantages ne sont pas égaux. Je connais l'effet d'un coup comme celui que je vous ai donné. Vos membres sont faibles; vos bras ont perdu la moitié de leur énergie; vos regards ne sont pas fermes. Si nous nous battions dans l'état où vous êtes, je vous tuerais à la première passe. Rencontrons-nous demain soir au coucher du soleil.

—Artifice! ce n'est qu'un artifice! grommela le capitaine.