Pénétrant dans le vallon, les sauvages marchèrent à la rivière qu'ils traversèrent immédiatement. Ce mouvement les conduisit tout près de la retraite que s'était choisie le trappeur. Ils échangèrent ensuite quelques mots dans leur idiome, mirent pied à terre, et firent boire leurs chevaux en les tenant par la bride.
Effrayé de quelque objet insolite, l'animal que montait le prisonnier recula jusque vers le fourré de mesquites où se tenait tapi Nicolas.
Le guerrier aux sept plumes, qui était le chef du parti, fit peu attention à ce détail; toute tentative d'évasion de ce côté semblait du reste complètement inutile, car nul, si audacieux qu'il fût n'aurait osé pousser un cheval sur cette montée rocheuse, presque perpendiculaire.
Pour le trappeur c'était, toutefois, un moment propice. La providence favorisait apparemment ses intentions.
Les Indiens se tenaient toujours immobiles près de la rivière.
Débuchant à demi de sa cachette et tirant de sa gaine un couteau bien affilé, Nicolas se disposa à exécuter son hardi projet.
Un tressaillement, une exclamation pouvait le trahir. Il imita le sifflement du serpent.
Le captif tourna légèrement la tête, Nicolas saisit,—qu'on nous pardonne l'expression,—l'occasion aux cheveux.
—Trappeur, souffla-t-il tout bas, un ami est là, soyez sur vos gardes!
Si faiblement que fussent dits ces mots, ils arrivèrent aux oreilles du prisonnier qui dressa soudain la tête et regarda autour de lui.