—Mais ne pourriez-vous aller visiter les établissements?
—Moi! reprit Jack riant d'un rire incrédule! moi, visiter les établissements! Qu'est-ce que j'y ferais? à quoi serais-je propre? Est-ce que je saurais me coiffer d'un chapeau? mettre des bottes cirées. La belle tête que j'aurais dans un salon, hein? Ah! ah! ah! chacun me prendrait pour un ours gris.
—Oh! vous vous habitueriez bien vite à la vie civilisée!
—La civilisation, castors et loutres! qu'est ce que c'est que ça? Parlez du Nord-ouest et des jeunes beautés rouges et je vous comprendrai. Mais Jack Wiley ne veut pas de vos squaws au visage pâle. Elles ont l'air malade ces créatures-là. Vive les Indiennes! Ah! oui les Indiennes! Passe encore pour les bois-brûlées, mais vos filles blanches, pouah! je ne voudrais pas de la plus belle, pour une côte de bison. Assez causé. Ne me bâdrez plus à ce sujet, ou je me fâche.
—J'espérais qu'un millier de dollars en or, commença le chasseur noir…
—Un millier de dollars en or, hein! ça fait un boa tas, monsieur, interrompit Jack d'un ton pensif. Un millier de dollars! On peut faire diantrement des belles fêtes avec un millier de dollars, et même un fameux tour à Selkirk ou à Montréal.
—Mais oui, dit Pathaway, enchanté qu'il mordît à l'amorce.
—Est-ce que vous les auriez sur vous? fit Wiley jetant sur ses pistolets un coup d'oeil rapide, mais qui n'échappa point au prisonnier.
—Cet or sur moi, non, ma foi, je ne l'ai pas; je ne suis pas assez niais pour me charger d'une pareille somme quand je parcours ces régions.
—Psit! siffla Wiley. Vous vouliez m'en faire accroire; mais si vous n'êtes pas niais, vous n'êtes pas des plus fins, mon cher M. Pathaway. Allons, couchez-vous; il est temps, et tâchez de renforcer vos nerfs pour demain matin. Vous sentez que je ne suis pas un de ces oiseaux qui se laissent prendre avec deux grains de sel sur la queue.