—Je pensais que les femmes ne faisaient pas de condition, et que leurs actes étaient libres et volontaires.
—Pour ce qui les regarde, cela se peut, répliqua-t-elle, mais quand il s'agit des autres c'est différent. La trahison, voyez-vous, c'est une terrible chose…. Promettez-moi cependant que vous ne partirez pas avec des intentions hostiles.
Pathaway se taisait.
—Vous hésitez? demanda-t-elle d'une voix frémissante.
—Vous me mettez dans une pénible position, répondit le chasseur noir fort embarrassé. Sans refuser de me rendre à un ordre de ma bienfaitrice, je manquerais à mon devoir envers l'humanité si je vous donnais la parole que vous désirez, car, je vous le confesse, mon plus grand bonheur sera de chasser de cette retraite les misérables qui s'y réfugient et de venger les nombreuses victimes de leur cupidité et de leur barbarie.
—Oui, voilà bien ce que je prévoyais. Vous bondissez à l'idée de revenir promptement ici avec une force écrasante… n'est-ce pas cela?
—Tel n'est pas mon dessein.
—J'ai ouï dire que le gouvernement anglais organisait une expédition contre nous, et qu'un détachement militaire devait partir de Montréal—s'il n'était déjà en route—pour nous donner la chasse.
—Je promets, répliqua Pathaway, de ne conduire contre vous ni troupe de guerre ni gens armés, mais je ne puis jurer de ne plus revenir dans la vallée du Trappeur. Vous oubliez, belle Carlota, ajouta-t-il galamment, que votre présence ici peut avoir de l'influence sur mes opérations. Des charmes comme les vôtres…
—Finissez! pas d'outrage, je vous prie. Un futile compliment ne me trompe pas; l'hypocrisie me fâche. Je n'exige plus rien. Demeurez ici quelques instants, et je vous enverrai une personne qui vous mènera fidèlement au camp de votre ami.