Il était encore étendu entre ses chiens, les mains placées sur leur gueule. Pas un mot, pas un mouvement de ce qui se faisait ne lui avait échappé.

—Peut-être ne saviez-vous pas, morveux, que je m'appelle l'Ours-gris? Je suis la mort pour tout gibier à quatre ou à deux pattes qui ose se poser sur mon chemin. A bas ce fusil d'enfant, et nous allons régler votre affaire!

Le jeune homme haussa les épaules.

—Merci, je saurai prendre soin de ma personne. Je ne me fie pas à des coquins de votre sorte, et ne suis pas homme à me laisser intimider et peut-être piller avec impunité.

L'Ours-gris gronda d'une façon menaçante. La méchanceté naturelle de son caractère s'éveillait.

—Étranger, avez-vous jamais entendu parler de Bill Brace[15], dit-il, d'une voix où la colère perçait déjà?

[Note 15: Autrement dit Guillaume le roide.]

—Il se peut, mais je ne me rappelle pas, répondit froidement le chasseur.

—C'est moi qui suis Bill Brace, ajouta l'autre.

—Peut-être me ferez-vous l'honneur de me présenter vos compagnons? fît le jeune homme d'un ton moqueur.