[Note 16: On sait que c'est le terrible couteau américain.]
—Prenez garde, misérables! cria le chasseur, avec un coup d'oeil rapide à la batterie de son fusil; vous êtes trois contre un, mais le premier de vous qui fait un mouvement, je le tue comme un chien. Je vous tiens pour vagabonds et bandits;… cependant, pas pour des lâches. S'il en est un parmi vous qui veuille se mesurer avec moi, à la carabine, au pistolet, au couteau, ou aux armes que la nature nous a données, je suis son homme.
Bill Brace haussa ses épaules herculéennes, et sourit dédaigneusement, mais plutôt de rage que de bon coeur.
—Vous criez bien haut, mon petit, mais je vas vous donnez une fière leçon, grommela-t-il entre ses dents.
En disant ces mots, il s'appuyait sur le canon de son fusil dont la crosse reposait à terre.
Jamais face horrible ne s'était empreinte d'un cachet plus diabolique.
Vivant loin de la contrainte des lois civiles, débarrassé de toutes les formalités et conventions de la société, suivant à sa guise les impulsions d'une nature désordonnée, flattant ses appétits sauvages, singeant les moeurs des Indiens—leurs vices et non leurs vertus—avec une confiance entière en sa puissance musculaire, Bill Brace était devenu le type de la bestialité humaine, si je puis m'exprimer ainsi. Imposer comme loi sa volonté aux autres, telle était son ambition et même sa devise.
Quoique d'une taille plus haute, le chasseur noir était d'une constitution plus grêle.
Il avait plus d'harmonie dans les formes, mais moins de vigueur apparente.
Son extérieur indiquait le sang-froid et cependant la souplesse.