Ben Joice se glissa sournoisement vers le compagnon de Nick qui, dès son arrivée, lui avait fait divers signaux télégraphiques.
—Eh! pourquoi diable ne parlez-vous pas, Jack Wiley? dit Nick. Est-il besoin de faire ainsi des mouvements de main et de bras, comme un muet! Est-ce que vous avez honte de notre compagnie? Vous n'avez pas oublié vos vieilles connaissances, n'est-ce pas?
—Non, répondit alors Wiley à Joice, en parlant à voix basse, la main à demi collée sur sa bouche.
—Non, que diable veux-tu dire? fit brusquement Ben.
—N'as-tu pas le sens commun? reprit Wiley sur le même ton. Je ne veux pas que tu me reconnaisses devant ces gens-là. Ce grand blagueur doit être veillé de près; tu entends? Il prétend que les Indiens l'appellent Ténébreux, et je t'assure qu'il est rusé. Je ne serais pas surpris qu'on l'eût envoyé pour nous guetter, bien qu'il m'ait rendu un bon service. Ne ma parle pas trop.
Nick, avec sa subtilité habituelle avait observé ce qui se passait, et deviné que Wiley et les autres trappeurs étaient des oiseaux de même plumage.
—Jeune homme, dit-il, en s'adressant au chasseur noir, vous n'avez plus affaire ici, m'est avis que vous feriez aussi bien de venir avec moi. Ces gibiers-là ne vous veulent pas grand bien. Le plus vite vous aurez quitté leur compagnie sera le mieux.
—J'accepte volontiers votre offre, répondit Pathaway.
—Alors, Jack Wiley, si vous voulez venir avec moi, il est temps de laisser cette bande de gueusards. Ils sont d'humeur trop libre pour que j'aime à rester avec eux.
Bill Brace se mit sur son séant, et se penchant contre Joice, lâcha un torrent d'invectives et de menaces, dans ce langage mêlé d'indien, d'anglais et de français, qu'en ne peut entendre que dans le Nord-ouest, parmi les trappeurs livrés à tous les excès d'une vie désordonnée.