Il y avait en lui tant de bienveillance et de simplicité, et ces vertus font excuser tant de défauts! «Celui qui ne sent rien pour une bête est une bête lui-même.»
Ainsi pensait au moins le chasseur noir.
—C'est comme ça, dit Nick, semblant répondre à cette réflexion; l'ami du cheval et du chien est l'ami de tout le monde. Celui qui abuse de l'un ou de l'autre abuse de tout le genre humain. Voilà mon opinion, ô Dieu, oui!
—Mais, est-ce vous? Nick Whiffles; est-ce vous ou bien ai je rêve? demanda l'inconnu en se frottant les yeux.
—Quoi donc! Portneuf! Que diable vous est-il arrivé, mon brave?
L'autre blêmit. Un frisson courut par tous ses membres. Sa main se porta névralgiquement à son cou sur lequel une raie d'un bleu pourpre indiquait la place de la corde, avec laquelle ses ennemis avaient tenté de l'étrangler insensiblement: car tout mouvement qu'il faisait à droite, à gauche ou en arrière resserrait inflexiblement le noeud.
—Oh! n'ayez pas peur, dit Nick, en se frottant les mains. Ce chasseur et moi on a entendu parler de votre malheur et on est venu à la vallée du Trappeur tout exprès pour vous secourir, oui bien, je le jure, votre serviteur! Mais Nannette. Savez-vous que je crains presque de vous en parler? Ce n'est pas là un sujet bien agréable pour vous, hein? Mais arrêtez-la. Il y a temps pour tout. Vous nous raconterez votre maudite petite histoire quand nous serons sortis de cette diablesse de place! Pourtant il nous faudra laisser le cheval. Ce n'est pas que ça ne me fasse de la peine, car c'est un bon cheval que le vôtre, Portneuf; mais il ne serait pas facile de le tirer d'ici, et, si vous m'en croyez, nous l'y laisserons pour le moment.
Le brave Whiffles avait débité ces paroles avec sa loquacité ordinaire et tout en chargeant Portneuf sur ses robustes épaules.
—Mettez-moi à terre, mon ami, dit celui-ci, au bout d'un moment.
—A terre!