Les autres spectateurs esclaves, hommes, femmes, enfants, au nombre de plus de deux cents, étaient, pour la plupart, apathiques, indifférents.
Toutefois, dans la foule, on eût pu remarquer quelques visages irrités ou anxieux, des yeux qui se dirigeaient avec colère vers le balcon, des têtes qui se penchaient du côté ou le soleil s'était couché et semblaient écouter attentivement.
Les impressions qui animaient les victimes se lisaient dans leur maintien: si John avait les traits contractés, la prunelle provocante, son père était calme, soumis, comme un martyr chrétien; son aïeul donnait des signes d'idiotisme.
Le crâne chauve, sanglant de ce dernier oscillait à droite, à gauche, son pied marquait machinalement la mesure, et sur ses lèvres errait le refrain:
Si nègre était blanc.
Li serait content.
Satisfait, sans doute, de sa mise en scène, le commandeur parcourut, d'un oeil triomphant, les lignes des esclaves, et, avisant trois nègres robustes, d'une taille colossale, il les appela.
Cette invitation ne parut point leur être agréable, car ils quittèrent les rangs avec répugnance.
Pierre leur remit à chacun un fouet énorme qu'il s'était fait apporter.
Ces fouets étaient formés d'un manche en bois, long de deux pieds, et d'une corde, en nerf d'animal, grosse comme le pouce, garnie, de distance en distance, de balles de plomb, en guise de noeuds.
—Commencez par le vieux, dit Pierre, qui s'arma lui-même d'un fouet, hérissé de fines pointes d'acier, et souvenez-vous, ajouta-t-il en montrant cet instrument à ceux qu'il condamnait à l'office de bourreaux, souvenez-vous que si vous ne vous acquittez pas convenablement de votre devoir, je saurai vous aiguillonner, moi.