—Vous conduire, monsieur, impossible! dit le faux trappeur. Cent piastres, c'est un beau denier. J'en aurais bien besoin pour renouveler mes provisions de poudre et de plomb; mais j'attends mon frère, à qui j'ai donné rendez-vous ici. Nous allons à Saint-Louis acheter des munitions. Si vous vouliez patienter une heure ou deux, j'irais volontiers avec vous pour moitié prix, car je ne l'aime pas, votre capitaine Brown! Il ne m'a pas seulement offert un pauvre verre de whiskey.

—Vous dites qu'ils ont franchi la rivière et marché vers l'est.

—Oui, répliqua-t-il hardiment, en indiquant sur le rivage une place foulée aux pieds, où ses gens avaient fait boire leurs chevaux; oui, ils ont passé là.

—Merci, étranger, reprit le major Flogger. Allez à Battesville; quoiqu'une partie de ma maison ait été brûlée par ces brigands, vous y trouverez encore un logement convenable pour vous reposer, vous et votre frère, et du rhum pour boire à ma santé.

—Bien obligé, monsieur, dit Brown en ôtant son chapeau; bien obligé; votre invitation n'est pas de refus; nous en profiterons.

Là-dessus, le planteur fit volte-face et lança son cheval au milieu de l'eau. Derrière lui se foulaient une centaine de cavaliers, qui s'empressèrent d'imiter son exemple, sans soupçonner un instant qu'ils avaient pu être mystifiés par leur adroit ennemi.

XIV

LES VICTIMES

Pour la première fois, Edwin Coppie avait aperçu le major Flogger, quand il revint, armé, sur le balcon.

Il dit un mot à deux des Brownistes, qui, mettant pied à terre, s'élancèrent vers l'escalier de la maison.