Brown souffrait moins que les jours précédents.

Il adressa ces mots aux juges:

«Mon état m'empêche complètement de suivre les différentes phases d'un procès régulier. Je me sens extrêmement faible, par suite de mes blessures aux reins. Pourtant je suis moins mal qu'hier, et ne demande qu'un court délai: après lequel je pourrai, ce me semble, suivre les débats, je ne demande rien de plus. «Au diable même on laisse son droit,» dit un vieux proverbe. Mes blessures à la tête m'empêchent d'entendre distinctement, et je n'ai pu comprendre les paroles que vient de dire le président de la cour. Je ne demande donc qu'un petit délai, qu'en toute justice la cour ne peut me refuser.»

A cette requête, la cour ne voulut point accéder.

Les esclavagistes tremblaient depuis l'échauffourée de Harper's Ferry. Ils appréhendaient une tentative nouvelle. L'effroi, leur inoculant ses lâchetés, ils craignaient de ne pas dormir tant que vivraient Brown et ses complices.

Le procès continua.

Brown fut admirablement soutenu par ses avocats, dont l'un, M. Hogt, lui avait été envoyé par ses amis de Boston. Mais à quoi bon cette défense? Sa condamnation n'était-elle pas décidée depuis l'heure de son arrestation?

Il le sentait si bien que, demandant la parole, il s'écria:

«Malgré les assurances les plus formelles qui m'avaient été données, je vois que mon procès n'est qu'une ignoble comédie. Je remercie les deux défenseurs que vous venez d'entendre, et je n'attendais rien moins de leur loyauté. Mais quand on m'a arrêté j'avais 260 dollars en argent, qu'on m'a enlevés; il m'est impossible, sans cet argent, de faire assigner mes témoins et d'obliger les schérifs à les amener aux pieds de la cour. Au surplus, le nouvel avocat que Boston m'a fourni, et que je n'ai jamais vu, a besoin de s'entendre avec moi sur quelques points de ma défense. Je demande donc comme une faveur spéciale que la cause soit renvoyée à demain à midi.»

Après de nouvelles discussions, la cour prononça l'ajournement de la cause au lendemain. Mais, afin de rassurer les esclavagistes, le président donna l'ordre aux policemen et aux geôliers de tuer sans pitié tous les prisonniers si on faisait la moindre tentative pour leur délivrance.