Nous puisons à diverses sources les détails suivants, relatifs à Brown, que le mouvement du drame nous a forcés d'abréger dans notre récit.
«Le 23 octobre, la Cour spéciale se réunit à Charlestown, sous la présidence du colonel Davenport. Les sept juges choisis pour assesseurs du colonel étaient MM. le docteur Alexandre, John Lock, John Smith, Thomas Willis, George Eichelberger, Charles Lewis, Moser Burr.
»A dix heures, le shériff se présente à la barre avec les cinq prisonniers, escortés d'une garde de quatre-vingts hommes. Toutes les issues de la salle sont occupées par des sentinelles, et les baïonnettes reluisent de tous côtés, soit dans l'enceinte, soit dans les corridors extérieurs.
»M. Charles Harding occupe le fauteuil du ministère public (attorney) pour l'État de Virginie, et M. André Hunier pour le Gouverneur fédéral.
»Brown est à moitié défiguré; c'est à peine s'il peut ouvrir les yeux, Coppie marche avec peine; Stevens a l'oeil hagard; sa respiration est oppressée, et il porte souvent la main sur son côté droit, déchiré de deux profondes blessures.
»Le shériff Campbell prend la parole, et déclare que les cinq prisonniers présents sont accusés d'avoir voulu soulever des esclaves, conspiré contre l'État, commis les crimes de haute trahison, de meurtre et de pillage.
»M. Harding demande que la Cour donne des défenseurs aux accusés, s'ils n'en sont déjà, munis.
»Brown se lève et, s'adressant à la Cour:
»—Virginiens, dit-il, je n'ai pas demandé quartier, quand on m'a pris, et je n'ai rien à dire pour moi en particulier. Mais le gouverneur de cet État m'a promis un procès en forme, et j'ai compté sur sa parole. Je n'ai encore vu aucun avocat, aucun conseil. Est-ce là la légalité dont on m'a parlé?
»Si vous avez soif de mon sang et de ma vie, prenez-les; mais qu'avez-vous besoin d'un semblant de procès? Vous pouvez les prendre à l'instant même. J'ignore absolument ce que pensent les autres prisonniers, et je ne suis pas en état de me défendre. Ma mémoire me fait défaut; ma santé, bien qu'elle se rétablisse, est encore trop mauvaise. Il y a des circonstances que je pourrais plaider dans un procès en forme, mais, si l'on tient à faire aboutir un semblant de procès à des condamnations capitales, vous pouvez vous épargner cette peine: je suis prêt à mourir. Mais ce que je ne veux pas, c'est assister des débats à de pure forme et de simple moquerie, tels que ceux: qui ont lieu chez les nations lâches et barbares qui traitent avec des raffinements de cruauté ceux qui tombent entre leurs mains. Encore une fois, je repousse une semblable moquerie. Pourquoi cet interrogatoire? en quoi intéresse-t-il la société?…»