X

LES MAÎTRES DE L'ESCLAVE
(SUITE)

Quoique, en ses veines, coulât un sang pur de tout alliage, Elisabeth Coppeland avait dans son port et jusque dans sa physionomie un cachet de beauté peu commun surtout chez les négresses.

Son buste était élevé, large des épaules, mince à la taille, cambré, svelte dans ses proportions. Il accusait l'exubérance de la vie. La poitrine était élégamment ornée par la nature, mais sans cette embarrassante profusion dont elle se plaît à doter la gorge des Africaines. Fermes, rebondies, les hanches avaient ces lignes voluptueuses, ces frémissements qui, au dire du roi-prophète, doivent perdre les fils de l'homme.

La tête était noble, la figure sévère, mélancolique. Elle disait des mondes de souffrances morales, cette figure! Ovale et linéaments corrects, d'ailleurs, yeux magnifiques, véritables flambeaux pour éclairer la nuit profonde du visage. Ses dents, des perles enchâssées dans du corail.

Belle, vraiment, Elisabeth Coppeland. Sa vue titillait la concupiscence chez le sensuel. Elle faisait rêver le poète. Cependant, aux mains et aux pieds de la jeune fille, vous eussiez trouvé le stigmate de la servitude.

Ils étaient lourds, épais, palmés.

Ce qu'annonçait l'extérieur d'Elisabeth, son esprit et son coeur ne le démentaient pas. Haut placés l'un et l'autre, ils eussent fait honneur à la plus vertueuse des blanches.

—Je vous suis, monsieur, répéta-t-elle au nouveau venu, en faisant signe à son frère de se calmer, car maître Pierre, qui exerçait sur l'habitation les fonctions d'inspecteur ou de commandeur, roulait déjà autour de lui des regards menaçants.