—Si vous me touchez, je me tue! se contenta-t-elle de dire.

Cette menace, faite d'un ton qui n'admettait pas de doute, changea instantanément les dispositions du major Flogger. En digne propriétaire, soigneux, rangé dans ses affaires, il tenait à son bien. Pour lui, un nègre valait,—quand il était jeune et vigoureux,—un bon cheval anglais. Aussi, ses esclaves malades recevaient-ils des soins tout particuliers. Inutile de dire qu'il déplorait amèrement leur perte et qu'il s'ingéniait, par tous les moyens possibles, à écarter ce qui la pouvait provoquer.

Par tempérament il aimait les femmes; par un intérêt bien entendu il préférait ses négresses à toutes les autres.

—J'y trouve même plaisir, disait-il, et parfois avant l'année révolue, un joli bénéfice. Ainsi je fais servir mes passions à l'augmentation de ma fortune. Si tous les hommes agissaient de même, il n'y aurait, assurément, pas autant de malheureux sur la terre.

Le brave major Flogger prenait pour de la sagesse ce raisonnement monstrueux, et, de fait, il avait la sanction de tous les possesseurs d'esclaves ses voisins, sans en excepter les pieux ecclésiastiques qui fréquentaient sa maison.

Ajoutons, pour l'acquit de notre conscience, que, dans les États du Sud, bien peu de gens eussent osé désapprouver ouvertement cet excellent M. Flogger.

Il se montrait donc rempli de sollicitude pour la prospérité et la multiplication de ses esclaves.

Aussi, rien d'étonnant que les paroles de Bess l'eussent bouleversé.

Outre sa beauté raie, Bess était fort intelligente.

Elle savait lire, écrire,—grande capacité,—faisait parfaitement la cuisine, cousait à merveille, blanchissait, repassait et brodait au besoin.