—Alors peut-être pourrez-vous me rendre le service de prendre un homme de plus. Il a été élevé au milieu des manufactures de tabac.
—Pour vous obliger, j'essayerai; mais…
—C'est assez, dit Borrowdale; je vous remercie, quand pourra-t-il venir?
—Oh! n'importe! demain.
—Bon, voilà pour vous, White. Maintenant, allez chez vous porter cette bonne nouvelle. Demain, vous comprenez!
—Merci vous, merci lui, massa; ben obligé, bon! répondit le nègre en battant des mains.
Il salua vivement et partit comme une flèche.
—Comment se fait-il, Sherute, dit Borrowdale, que tant de gens de couleur n'aient pas d'occupation? Il y a quelque chose comme six cents nègres en ville, et bien peu sont employés.
—Oh! c'est tout simple, répondit Sherute. Leur genre de vie avant de venir ici, le climat qui les a vus naître, leur tempérament et leur constitution, les rendent totalement impropres au travail manuel. La chose qu'ils entendent le mieux et, qui leur est le plus profitable, c'est la manufacture du tabac. Mais jusqu'ici nous les avons privés de cette ressource par une politique commerciale ruineuse; et, tout en les encourageant à fuir les États-Unis, nous avons aidé à renforcer le préjugé qui pèse sur eux, en admettant en franchises sur nos marchés les produits des ex-propriétaires d'esclaves et en leur volant leur pain, et en les réduisant à se faire mendiants, vagabonds et criminels, comme chaque jour des exemples se produisent sous nos yeux. Cependant les dernières modifications apportées au tarif ont fait beaucoup de bien. Quoique la protection ne soit pas suffisante et pas assez assurée contre le rappel, pour nous garantir un grand développement d'affaires, nous pouvons cependant signaler déjà une amélioration sensible sur les années dernières. Ce nouveau tarif a déterminé la construction à Montréal d'une nouvelle fabrique qui emploiera plusieurs centaines de mains. C'est encourageant. Mais cela n'est pas suffisant. Notre salut repose dans l'annexion aux États-Unis; car, tant que nous serons sujets de la Grande-Bretagne, son gouvernement et sa politique feront si bien que les manufactures s'élèveront difficilement dans notre pays. Fondamentalement, l'Angleterre n'admet pas que l'on doive fabriquer ailleurs que chez elle. Hostile à toute concurrence, elle vise à accaparer le monopole des fournitures dans le monde entier…
—Allons! Squobb, mon cher Squobb, encore une note pour vous, interrompit Borrowdale.