Tous quatre revinrent à Montréal.
A la sollicitation de sa fille, madame de Repentigny envoya un domestique pour savoir si le Petit-Aigle avait ou non été repris.
On lui rapporta qu'on ne savait ce qu'il était devenu et que, désespérant de s'en emparer, la police avait abandonné la poursuite.
Cette réponse rassénéra Léonie; car elle avait l'intime assurance que Co-lo-mo-o ne s'était pas noyé.
Dans la soirée, sir William se fit annoncer. La jeune fille se sentait de bonne humeur. Au lieu de plaisanter sur sa mésaventure, elle ne lui en parla que pour le plaindre, et avec une commisération qui enchanta l'officier, peu habitué à de semblables témoignages d'affection.
Outre sir William et Cherrier, plusieurs personnes de la ville avaient été retenues à dîner par madame de Repentigny.
Le repas fut animé, joyeux, la maîtresse de la maison ayant préalablement interdit toute conversation politique.
Mais, après le dessert, les dames quittèrent la table, suivant la mode anglaise; on enleva la nappe, et les domestiques apportèrent des carafes de vin, des noix, des noisettes et différentes espèces de fruits secs.
Les messieurs, délivrés de leur consigne, commencèrent alors à parler des événements du jour. Sir William King, qui avait bu en véritable enfant du nord, fit une sortie furibonde contre les Canadiens-Français. Quoique plusieurs des assistants appartinssent à cette nationalité, la plupart étant fonctionnaires publics, et, comme tels, plus jaloux de leurs emplois que de leur dignité personnelle, n'osaient lui répondre. Quelques-uns même applaudissaient chaudement.
—Nous tondrons, s'il le faut, jusqu'à la peau, ces moutons entêtés, très-entêtés, s'écria sir William en manière de conclusion.