Au mois de septembre 1535, Cartier, qui avait précédemment reconnu les bords du Saint-Laurent jusqu'au confluent de la rivière Saint-Charles avec ce fleuve, désire poursuivre ses explorations. Il remet à la voile, et, après une navigation de treize jours sur le grand fleuve, il débarque à Hochelaga, village algonquin situé à soixante lieues plus haut.
«Hochelaga, dit M. Garneau, se composait d'une cinquantaine de maisons en bois, de cinquante pas de long sur douze ou quinze de large, couvertes d'écorces cousues ensemble avec beaucoup de soin. Chaque maison contenait plusieurs chambres distribuées autour d'une grande salle carrée où la famille se tenait habituellement et faisait son ordinaire. Le village lui-même était entouré d'une triple enceinte circulaire palissadée, percée d'une seule porte fermant à barre. Des galeries régnaient en plusieurs endroits en haut de cette enceinte, et au-dessus de la porte, avec des échelles pour y monter et des amas de pierres déposées au pied pour la défense. Dans le milieu de la bourgade se trouvait une grande place[9].»
Note 9: [(retour) ]
Garneau, Histoire du Canada, t. I, p. 23.
Voila le berceau de Montréal.
Les années fuient sur le cadran des âges, insensiblement, et malgré l'incurie si déplorable du gouvernement français, le Canada se peuple, Champlain commence la ville de Québec; des établissements se forment à Sillery, à Trois-Rivières[10], des missionnaires catholiques, la croix d'une main, la houe ou l'arquebuse de l'autre, se répandent partout, convertissant les Indiens, défrichant les terres, érigeant des fermes et des maisons d'éducation.
Note 10: [(retour) ]
Voir la Huronne.
Mais c'est en 1640 seulement que la richesse du site de Hochelaga attire l'attention. Ce site est une île longue de neuf lieues sur deux et demie de large environ. Une compagnie de négociants français se la fait concéder et y envoie un de ses membres, Paul de Chomedy, sieur de Maisonneuve, gentilhomme champenois, avec ordre d'y implanter une colonie.
«Il partit pour le Canada le coeur plein de joie. En arrivant, le gouverneur voulut en vain le fixer dans l'Ile d'Orléans[11], pour ne pas être exposé aux attaques des Iroquois; il ne voulut pas se laisser intimider par les dangers et alla, en 1617, jeter les fondements de la ville de Montréal. Il éleva une bourgade palissadée à l'abri des attaques des Indiens, qu'il nomma Ville-Marie, et se mit à réunir des sauvages chrétiens ou qui voulaient le devenir, autour de lui, pour les civiliser et leur enseigner l'art de cultiver la terre. Ainsi Montréal devint à la fois une école de civilisation, de morale et d'industrie, destination noble qui fut inaugurée avec toute la pompe de l'Église.»
Note 11: [(retour) ]
Située à une demi-lieue au-dessous de Québec.
La colonie de Ville-Marie[12] s'accrut lentement d'abord; ses premiers pas furent incertains, arrêtés par mille obstacles. En 1664, elle ne comptait que 884 familles. Néanmoins on pouvait prévoir la rapidité de son extension future, car déjà son enceinte dépassait celle de Québec, ville qui, quoique fondée trente-quatre ans plus tôt, n'avait à la même époque que 888 habitants.