Vers la fin de septembre, la santé de madame de Repentigny parut s'améliorer.
Au commencement d'octobre, elle alla positivement mieux, et, pour fêter sa résurrection, comme disait Léonie, on convia plusieurs amis de Montréal et de la campagne à un grand dîner. Cherrier, sa femme et sir William étaient naturellement au nombre des invités. Ce dernier, occupé par son service, envoya une lettre d'excuses, en ajoutant que, dès qu'il aurait un moment de liberté, il volerait «certainement, très-certainement, présenter ses respects à ces dames.»
Le 15 avait été choisi pour la partie.
Mais, dans l'intervalle, on apprit qu'une grande assemblée publique aurait lieu A Saint-Charles, le 23, et le dîner fut remis au 22, afin que les hôtes étrangers profitassent de cette occasion pour jouir du spectacle.
Telle était cependant l'anxiété générale, que les Canadiens, si passionnés pour les distractions, négligeaient leurs plaisirs.
Tout le monde avait promis de venir; à l'exception des époux Cherrier, personne ne vint de Montréal.
Pour avoir lieu tout à fait un famille, le dîner n'en fut pas moins gai.
Enchantée de voir sa mère souriante, et, en apparence bien portante, Léonie témoigna sa joie par cent folies aimables.
Entre autres, elle se déguisa secrètement avec un costume d'homme que sa cousine Louise s'était fait faire pour accompagner Xavier dans ses excursions, et elle parut ainsi au dîner. Ce déguisement ne contribua pas peu à réjouir les assistants.
—Ma foi, chère espiègle, vous devriez prendre ce costume pour aller demain à l'assemblée, lui dit Guerrier en se promenant avec elle dans le parc, après le repas.