Cent coups de fusil les reçoivent.
Le docteur Chénier est frappé à mort.
CHAPITRE XVIII
AMOUR
«Ha! ha!» ce Cri d'étonnement ne manque guère d'échapper au voyageur, après avoir longé, pendant une vingtaine de lieues, le bord méridional du Saguenay; et telle fut, sans doute, l'exclamation poussée par les premiers navigateurs européens qui remontèrent le cours d'eau jusqu'à ce point, car elle est restée comme dénomination de la plus étrange des haies.
La baie de Ha-ha, donc, a deux lieues de profondeur sur une de large. Mais le grandiose de ses dimensions en est le moindre sujet de surprise.
Ce qui frappe l'imagination, ce qui confond tout d'abord le jugement, si l'on y arrive, comme je viens de le dire, par la rive sud du Saguenay, c'est que la baie de Ha-ha se déploie tout à coup devant vous en hémicycle immense, et qu'elle semble le bout, la source d'un fleuve géant, qui roule, sur un espace de soixante milles environ, une masse liquide effroyable, dont l'épaisseur est évaluée à trois cents brasses, la largeur a un et deux milles.
Quel volume! N'y a-t-il pas dans ce tableau, dans ce fait, de quoi dérouter tous les calculs de l'esprit, épouvanter la raison?
Que si vous prenez la côte opposée du Saguenay, pour trouver en partie son explication, le phénomène n'en restera pas moins curieux, saisissant, un des plus singuliers jeux de la nature. Cette côte conduit en effet à un lac considérable, récipient d'une foule de rivières, le lac Saint-Jean, dont les eaux bruyamment descendent de leur réservoir et se déchargent à quelques lieues au-dessous de la baie de Ha-ha, après un parcours de plus de soixante milles, dans un lit comparativement étroit.
En conséquence, cette baie se trouve isolée, sans affluents directs. Mais elle est probablement alimentée par un canal souterrain, parti soit du lac Saint-Jean, soit du lac Kénocami.