Le Montagnais s'approcha de la tante de Léonie.

—Voilà, dit-il simplement en désignant le Petit-Aigle, l'homme que la bonne face blanche a commandé à son frère d'aller quérir.

Co-lo-mo-o salua madame de Vaudreuil avec l'aisance d'un gentleman.

—Madame, lui-dit-il de ce ton musical qui lui était propre, si j'avais appris plus tôt que ma présence fût nécessaire à la santé de mademoiselle de Repentigny, vous ne m'eussiez pas attendu aussi longtemps. Mais, contraint de me cacher, j'ai reçu votre lettre il n'y a que huit jours. Immédiatement je suis venu. Que me reste-t-il à faire? Je dois ma liberté à mademoiselle de Repentigny. Si mes services peuvent lui être de quelque utilité, ils lui sont acquis.

Il n'était jamais entré dans l'esprit de madame de Vaudreuil qu'un sauvage fût capable de se présenter et de s'exprimer en français avec cette distinction. Quoique Léonie lui eût répété cent fois que son Paul n'était pas un Indien ordinaire, elle avait mis jusque-là sur le compte de l'enthousiasme les brillantes couleurs dont la jeune fille ornait son portrait.

Mais ce début était concluant. La vénérable tante fut ravie. Elle offrit une chambre à Co-lo-mo-o. Il refusa, et il fut impossible de le gagner. Alors on convint que le lendemain il aurait une entrevue avec Léonie. Durant l'intervalle, madame de Vaudreuil la préparerait à cette agréable nouvelle.

La félicité de la jeune fille ne saurait se peindre. Elle faillit se trouver mal. La nuit lui parut d'une longueur mortelle.

Quand le Petit-Aigle parut, elle était levée, vêtue d'une robe blanche qui faisait ressortir davantage encore la pâleur diaphane de son teint.

Il remercia affectueusement Léonie, promit de rester quelque temps à la baie de Ha-ha, mais aucune parole émue ne tomba de ses lèvres.

—Il m'aime! n'est-ce pas qu'il m'aime? dites-moi qu'il m'aime, ma tante! s'écria Léonie quand il fut parti.