A cette époque, la navigation à vapeur était loin d'avoir reçu les merveilleux perfectionnements qui l'embellissent aujourd'hui.

Le Montréalais n'avait ni la grâce, ni la beauté, ni l'éclat de nos steamboats actuels. Il ne ressemblait pas plus aux palais flottants, à plusieurs étages, tout resplendissants de glaces, de dorures, qui sillonnent maintenant les eaux du Saint-Laurent, de l'Hudson ou du Mississipi, qu'un caboteur ne ressemble à un vaisseau de haut bord.

On n'y voyait pas de magnifiques salons, couverts de riches tapis, meublés avec un luxe féerique; pas d'élégantes cabines presque aussi commodes que les chambres de nos maisons; et surtout pas cette somptueuse chambre nuptiale (bride room) où les jeunes mariés américains aiment à couler leur lune de miel, en faisant un trip[31] vers quelque paysage renommé.

Note 31: [(retour) ]

Excursion.

En 1837, les steamboats canadiens n'étaient rien moins que confortables.

Non-seulement vous n'y trouviez point une table aussi délicatement servie que dans les meilleurs hôtels, mais sur la plupart vous ne pouviez même vous procurer à manger, non-seulement les dames n'y avaient pas leur appartement particulier, mais on couchait pèle-mêle dans l'entre-pont, sur des cadres superposés et désagréables au suprême degré.

Heureusement que tout est relatif: le voyage en steamboat valait mieux encore que le voyage en goélette, en patache ou en carriole; les gens d'alors s'y estimaient fort à l'aise et vantaient très-haut les charmes de leurs bateaux à vapeur.

Ainsi marche le monde. Nos anciens rois manquaient de la moitié des choses qui semblent, à présent, de nécessité absolue pour les prolétaires.

Avant un quart de siècle on se demandera peut-être comment on a pu naviguer jamais dans ces steamboats qui nous paraissent si splendides.

De son temps, le Montréalais passait pour un chef-d'oeuvre d'architecture nautique.