—Et ma cousine, qui était leur reine, ne l'avait pas la tête aplatie? reprit Louise avec une ténacité plaisante.
—J'espère, dit le jeune homme.
—Et, s'écria-t-elle vivement, si elle avait eu la tête aplatie comme une poire tapée, est-ce que vous l'auriez épousée, malgré ce grandissime amour qui vous a entraîné dans les pays d'en haut[33] pour aller la chercher?
Note 33: [(retour) ]
Les territoires habités par les Indiens du nord-ouest américain sont ainsi nommés au Canada.
Ces paroles furent prononcées avec une expression si comique par la folle créature, que Xavier Cherrier[34], tel était le nom du jeune homme, s'abandonna à un bruyant accès d'hilarité.
Note 34: [(retour) ]
Voir les Nez-Percés.
—Ça n'empêche, poursuivit Léonie, en jetant un coup d'oeil sur le Petit-Aigle, qu'on voyait attelé à la roue du gouvernail, dans sa guérite, au-dessus de la machine; ça n'empêche, c'est une drôle d'aventure que la vôtre, je voudrais bien en avoir une comme ça, moi: être souveraine d'une tribu sauvage jusqu'à vingt ans, puis, tout à coup, rencontrer un parent, comme mon cousin Cherrier, qui vient de la Louisiane, dans le désert, exprès pour moi, m'enlève à mes sujets et me marie[35]. Vraiment, Louise, vous avez eu trop de bonheur! J'envie votre sort!
Note 35: [(retour) ]
Cette locution, comme une foule d'autres employées en Normandie est très-usitée au Canada, même dans la haute classe de la société.
Celle à qui s'adressait cette réflexion traîna vers son mari un long regard d'amour.
—Ce serait, juste, si vous aviez dit que le trop heureux, c'est moi, dit-il.