Après avoir été informé, par quelques gestes de Co-lo-mo-o, que la police, avait opéré une descente chez lui, Nar-go-tou-ké rentra sous le bois, demeura cinq ou six minutes absent, et revint avec un oiseau dans la main.

Il lâcha l'oiseau qui s'éleva lentement dans l'air en obliquant vers l'îlot.

Cependant il hésitait à poursuivre son vol de ce côté ou à filer sur Caughnawagha.

Un roucoulement de Co-lo-mo-o fit cesser son indécision, et le volatile vint se percher sur le poignet du jeune Indien.

Il appartenait à l'espèce appelée tourte par les Canadiens-Français, espèce si nombreuse dans l'Amérique septentrionale.

Le Petit-Aigle caressa la tourte, la posa à terre, tira de sa poche un calepin dont il déchira une feuille, et écrivit ces mots:

«Les policemen sont venus. Ils doivent être embusqués dans le village. Se tenir sur ses gardes. Si je puis les dépister, je tacherai de passer la nuit prochaine.»

Ayant fini, il roula le papier et l'attacha avec une menue racine flexible au cou du pigeon qui retourna à l'île au Diable où il disparut.

Nar-go-tou-ké et son compagnon se renfoncèrent dans les halliers. Co-lo-mo-o les imita sur son îlot; il replongea vers le centre, se coucha au pied d'un pin et s'endormit, après toutefois avoir renouvelé l'amorce de son fusil, qu'il appuya au tronc de l'arbre pour que l'humidité ne pénétrât point la poudre.

Ce sommeil devait être funeste à l'Iroquois, car ses actions étaient épiées depuis longtemps déjà.