Merellum ignorait ce que c'est que le phosphore; mais elle avait vu Baptiste à l'oeuvre et connaissait le secret de ces flammes dont il s'entourait afin d'intimider les sauvages.
—Comment vous êtes-vous connus? dit-elle à Cherrier.
—Il était esclave chez mon père, qui avait quitté le Canada pour s'établir pharmacien à la Nouvelle-Orléans.
—Mauvais massa! ben, ben mauvais! marmotta le nègre en hochant la tête.
—Certaine nuit, il s'enfuit, continua Xavier; on n'en entendit plus parler. Aussi ne fus-je pas médiocrement surpris de me heurter à mon fugitif un jour que je rôdais dans ces parages. Je lui expliquai le but de mon excursion. Il promit de m'aider. Lui ayant dépeint votre figure, je continuai mon chemin; mais, attaqué par les Janktons [13], je fus blessé à la joue. On me transporta au fort Colville où je dus passer l'hiver…
[Note 13: Indiens maraudeurs. Voir la Huronne.]
—Alors il est votre esclave? dit Merellum en réfléchissant.
—C'est-à-dire qu'il l'a été.
—Mais il l'est encore, puisqu'il est en votre pouvoir.
—Non, non, répliqua Xavier en souriant, il est libre maintenant, puisqu'au Canada et sur ces territoires les blancs ne reconnaissent point d'esclaves… Mais l'air du matin m'a singulièrement aiguisé l'appétit. Si nous allions à la grotte de Baptiste, car je suppose que c'est là que vous restez, ma cousine?