Après ce jugement, plus que modeste, porté sur sa personne, Nick Whiffles s'allongea sur la roche et se remit à observer les Indiens qui commençaient à sortir de l'intérieur du bâtiment et sautaient sur le pont avec des contorsions inimaginables et en poussant des cris assourdissants.

—Les vermines! s'en donnent-ils du plaisir! marmottait Nick. Mais vous payerez les violons, mes drôles! Ah! si le capitaine avait voulu, je vous ferais danser une autre danse que celle-là! C'est moi qui vous le dis! Mais il a des idées à lui, le capitaine! Comprend-on qu'il souffre que ces ivrognes lui boivent tout son rhum,—un vrai rhum de la Jamaïque, encore!—au lieu de les soûler avec l'eau de la Colombie, ce qui ne coûterait ni grand'peine, ni grand plomb! A nous deux, je suis sûr que dans deux heures nous aurions nettoyé le navire de toutes ces ordures! Mais qu'est-ce que j'entends? On dirait qu'on m'appelle…

Se tournant du côté de la fondrière, il aperçut le capitaine qui lui faisait signe d'approcher.

Le trappeur se hâta d'obéir.

Il rejoignit son compagnon sur le bord de la pente.

—Nous sommes sauvés, lui dilt celui-ci, en indiquant du doigt une longue file de sauvages qui cheminaient au fond du ravin en portant des canots sur leurs épaules.

—Les Chinouks! exclama Nick.

—Oui, les Chinouks, commandés par Oli-Tahara. Le voilà, en tête de la colonne, monté sur son buffle blanc.

—Oh! je le reconnais bien, capitaine. Mais pensez-vous qu'il nous prête son appui?

—J'en suis sûr, ami Nick. D'abord vous savez qu'il est en hostilité avec les Nez-Percés, qui ont ruiné les loges des Chinouks sur la rivière Caoulis, et puis il m'a témoigné de l'amitié du jour où il a tué Ouaskèma, en voulant la délivrer d'un carcajou qui s'était élancé sur elle, près du ruisseau où j'ai découvert la mine d'or.