Alors la Petite-Hirondelle parla ainsi:

«Vous savez, mon cousin, que le Loup est vénéré par la plupart des Peaux-Rouges riverains de la Colombie. Or, il y avait jadis un de ces animaux qui gouvernait la contrée. Ayant appris qu'une sauterelle, grande magicienne, y causait des ravages épouvantables, il se mit à sa recherche, la surprit, la vainquit par la ruse, la dévora et reprit le chemin de sa maison. En route, il rencontra trois Indiennes kiuses. Elles étaient soeurs, il devint amoureux de toutes les trois.

«Au moment où il les aperçut, elles construisaient une chute, afin de prendre au-dessous du saumon dans un filet qu'elles avaient l'intention de tendre. Le Loup les observa jusqu'à la nuit. Alors, quand elles se furent retirées, il détruisit leur ouvrage. Le lendemain, même manoeuvre, et ainsi durant trois nuits. Au matin du quatrième jour, les jeunes filles désolées s'étaient assises sur le rivage et poussaient des cris déchirants. Le Loup s'approcha d'elles et leur demanda pourquoi elles pleuraient.

«—Parce que, répondit l'aînée, nous avons faim et que nous ne pouvons bâtir une chute pour prendre des poissons.

«—Vraiment! dit le Loup, et si je vous en bâtissais une, que me donneriez-vous en échange?

«—Tout ce que vous voudrez, répliqua-t-elle.

«—Eh bien! reprit-il, si vous voulez devenir mes femmes, je vous ferai une belle cascade, et vous prendrez autant de poisson que vous voudrez.

«—Les filles kiuses se consultèrent.

«—Il leur répugnait de devenir toutes les trois les femmes du Loup, non point parce qu'elles étaient soeurs, car c'est la coutume chez les Indiens de la Colombie d'épouser plusieurs soeurs, mais parce qu'elles se jalousaient mutuellement.

«Elles demandèrent au Loup un peu de réflexion, espérant que pendant ce temps elles trouveraient des vivres.