Au milieu de ces gens, francs et gais compagnons, et à travers les sites pittoresques qu'ils rencontraient à chaque pas, et les vicissitudes d'une existence incessamment variée, le chagrin morne de Cherrier se changea peu à peu à une mélancolie douce, qui lui permettait d'admirer la beauté des paysages et d'étudier le mystérieux protecteur que le hasard lui avait donné.
Il savait déjà que Poignet-d'Acier, chef d'une nombreuse bande de francs-trappeurs, avait exploité une mine d'or sur le bord de la rivière Caoulis, enfoui son trésor dans un souterrain près de la Colombie, et qu'avec ses hommes et cet or, il se proposait de soulever les Canadiens-Français contre la domination anglaise.
Loin de l'effrayer, ce complot lui plaisait. Et, dans ses aspirations chevaleresques, le bouillant jeune homme souhaitait que la mort vînt le frapper quand il aurait remplacé, sur les murs de Québec, le pavillon britannique par le drapeau tricolore ou la bannière étoilée.
A la Roche-Rouge, on trouva le Phoque, trois-mâts qui avait été secrètement dépêché du Montréal pour prendre les aventuriers. Un peu plus loin, au cap Désappointement, un brick américain faisait la traite des pelleteries. Les gens de Poignet-d'Acier se hâtèrent d'embarquer sur le Phoque les sacs que recelait la caverne, puis le capitaine traversa, avec Nick Whiffles, le rio Columbia. Ils se rendirent à l'ancien fort Astoria. Là, sous les décombres d'une maison incendiée, ils creusèrent le sol, découvrirent une cache. Le capitaine descendit à l'intérieur et en retira diverses caisses et objets qui furent ensuite transportés à bord du trois-mâts.
Plus de deux mois s'étaient écoules depuis qu'on avait quitté le fort
Colville.
Xavier Cherrier avait, protégé par quelques trappeurs, établi son camp ù la pointe Astoria.
Il attendait Baptiste; mais, hélas! Baptiste ne reparaissait pas; et, à mesure que s'éteignaient ses dernières lueurs d'espérance, le jeune homme sentait le vide et la désolation reprendre possession de son coeur.
Chaque jour, il suppliait Poignet-d'Acier de différer encore son départ.
Le capitaine accéda pendant quelque temps à ses pressantes sollicitations. Mais enfin, le vent étant favorable, il résolut de lever l'ancrée, et vint lui-même chercher Xavier pour l'installer sur le Phoque.