Villefranche ensuite s'élança dans un canot et se fit conduire au Phoque, en train d'appareiller à cent brasses de la côte.

Vers six heures de l'après-midi, on leva l'ancre.

Le temps était beau; une forte brise nord-est pouvait faire espérer qu'on sortirait aisément de la Colombie. Cependant, au ciel se montraient quelques traînées de ces nuages blanchâtres que, dans leur langage métaphorique, les marins appellent queues de vache.

Le capitaine, commandant le vaisseau, après avoir fait carguer les trois focs de beaupré et ses voiles de misaine, donna l'ordre de mettre le vent sur les huniers, pour traverser la barre du fleuve et gagner la pleine mer.

On sait que la barre de sables mouvants qui roule incessamment à l'embouchure du rio Columbia est un des plus dangereux passages de tout le littoral du Pacifique[26].

[Note 26: Voir la Tête-Plate.]

Le navire filait amures bâbord, en se rapprochant de la rive méridionale du fleuve pour doubler la pointe Adams.

Debout sur le couronnement, Xavier Cherrier, une longue-vue à la main, examinait le cap Astoria (ou Georges), espérant, à chaque instant, y voir paraître Baptiste. Toute son attention, toutes ses facultés étaient concentrées sur ce rocher grisâtre, où l'on découvrait les tristes débris des bâtiments qui l'avaient jadis couronné.

Si absorbante était la préoccupation du jeune homme, qu'il ne remarqua point que le ciel se chargeait rapidement de nuages noirs aux franges violacées, et que les eaux haussaient en grondant sourdement autour du Phoque, quoique la brise eût fléchi.

Des troupes de goélands volaient en tous sens, en poussant des cris aigus au-dessus du navire.