Elle se disait même que Molodun l'avait enfermée dans cette caverne pour la punir de sa jalousie, et elle s'apprêtait à lui reprocher durement son audace, quand un bruit de pas se fit entendre.
Lioura ne doutait point que ce ne fût son mari.
Elle se dressa sur son séant et arma ses yeux de colère.
Un Indien, un Nez-Percé entra dans la grotte!
—Iribinou! s'écria la Blanche-Nuée au comble de l'étonnement.
C'était, Iribinou en effet, et c'était lui le ravisseur de Lioura.
Il l'avait aimée passionnément, il l'aimait plus passionnément encore depuis qu'elle était devenue la femme d'un autre; car son insuccès n'avait fait, comme c'est souvent le cas, qu'ajouter de nouveaux aliments à la flamme dont il était consumé.
En rencontrant Molodun sur le rio Columbia, sa première pensée fut de l'abandonner. Mais il réfléchit que le chef, qui était excellent nageur, pourrait bien gagner une île et retourner à la tribu où il le ferait condamner par ses guerriers. C'est ce qui décida Iribinou à le recevoir dans son canot. Au surplus, il espérait dénoncer Molodun dès qu'il serait arrivé au cantonnement des Nez-Percés, et lui imputer l'affreux désastre dont ils avaient été victimes.
On se souvient de sa dispute avec le sagamo et de la rixe qui s'ensuivit.
Jeté à l'eau par le Renard-Noir, l'Ours-Gris plongea, se dirigea hardiment entre deux eaux, vers les canots des Chinouks qui encombraient l'archipel, en détacha un, au moment de la confusion où ses cris, en tombant dans le fleuve, avaient plongé leurs ennemis, et alla aborder sur la rive méridionale.