—A cinq mille pas d'ici, sur la Grande-Rivière. Les jappements de leurs chiens retentissent jusqu'à nous. Que mes frères écoutent! C'est le mugissement du taureau d'Oli-Tahara!

Le meuglement lointain d'un buffle venait effectivement d'éclater.

Les Nez-Percés s'entre-regardèrent avec émoi. Ils ne s'attendaient pas à une attaque aussi soudaine.

Cette impression dura peu toutefois.

—Que mes frères me suivent! cria Molodun.

Et, s'adressant aux femmes:

—Vous garderez la prisonnière, sans la quitter pour aucun motif, et ne laisserez pénétrer personne ici jusqu'à mon retour.

Il s'élança hors de la loge et tous les hommes valides l'accompagnèrent.

Le temps était sombre, le ciel d'un gris inflexible; quelques flocons de neige jouaient dans l'air.

Sur l'emplacement de l'ienhus, cinq à six cents guerriers, armés d'arcs, de flèches, de traits, de couteaux et de massues se tenaient prêts à partir: les uns montés dans des traîneaux d'écorce, tirés par des chiens-loups ou des chevaux, les autres à pied, mais chaussés de raquettes, et tous, hommes et bêtes, en proie à une excitation fébrile, qui s'exprimait par des clameurs effrayantes.