III
PREMIÈRE JOURNÉE SUR L'ILE DE SABLE
La nuit s'écoula sans incident digne d'être raconté. Le lendemain matin, de bonne heure, les proscrits debout sur les hauteurs du rivage, cherchaient des yeux un indice du navire qui les avait amenés. Mais, vaine attente! quoique nul brouillard n'étendît son rideau sur la face de l'Océan, quoique le soleil brillât d'une clarté resplendissante, le regard venait mourir intact contre les impénétrables barrières de l'horizon.
—Ventre de biche! dit un ex-lansquenet qui avait servi sous Mayenne et affectait les manières et les expressions favorites du célèbre ligueur, ventre de biche, je crois que nous voici plus prisonniers que perroquets en cage.
—Crois-tu, Grosbec?
—Ventre de biche, c'est ma mélancolique opinion. Pas plus de Castor sur la plaine liquide, comme disait M. Virgilius Maro, que de sous d'or dans la paume de ma main.
—Oui, mais il va venir.
—Qui ça?
—Le Castor donc!
—Compte là-dessus, mon brave Allemand et tire la langue en attendant.