Bâti sur le plateau d'un rocher abrupt, le manoir de la Roche était une des plus redoutables forteresses de la Bretagne. Sa configuration générale ressemblait à celle d'un trapèze, dont l'axe se dirigeait du sud-ouest au nord-ouest, et dont le petit côté s'étendait au nord-est.

Cette configuration était décrite par une enceinte de remparts élevés de trente pieds. Derrière, on apercevait le château proprement dit. Quatre grosses ailes, en pierres de taille, reliées entre elles par des tours carrées, le composaient. Derrière encore, au centre d'une vaste cour, s'élançait, à vingt toises de hauteur, la citadelle, sorte de donjon octogonal couronné d'un diadème de tourelles à encorbellement. C'était là qu'on déposait les armes, les munitions, qu'on enfermait les prisonniers de guerre, qu'on se réfugiait dans les cas désespérés. Un fossé profond, taillé en biseau, dans le roc vif, et aux parois hérissées de pointes de fer, entourait le donjon à son pied. Cinq portes y conduisaient: les deux premières situées, sous une voûte, dans le rempart extérieur et séparées par une herse intermédiaire, les deux suivantes établies dans le corps de l'édifice habité, également séparées par une herse intermédiaire, et la cinquième pratiquée à la base du donjon. Nul fossé de circonvallation ne longeait les premières fortifications, posées à même sur des rochers perpendiculaires d'une escalade impossible. On ne pouvait arriver au château que par un sentier en zigzag, incrusté, pour ainsi dire, dans le flanc de la montagne et qui menait à un pont-levis sous lequel on avait creusé un puits très-profonds. Deux masses de granit, en forme de demi-lunes, pourvues de nombreux créneaux et de barbacanes, défendaient ce pont.

Le château de la Roche avait été construit au treizième siècle par Aymon de la Roche à son retour des croisades. C'est assez dire que le style du monument appartenait à l'architecture féodale.

Dès que le cor eut sonné, un archer parut sur la plate-forme de la porte.

—Bretagne et Navarre! lui cria le marquis.

Aussitôt on entendit un grincement de chaînes sur des treuils, et le pont s'abaissa bruyamment. La cavalcade entra, le seigneur de la Roche en tête. Arrivé dans la cour d'honneur, il s'arrêta, donna quelques ordres concernant le captif, sauta, de cheval et fit signe à son écuyer de le suivre.—Prenant un large escalier, ils traversèrent bientôt la salle d'armes, et pénétrèrent dans une pièce déplus étroite dimension, contiguë à cette salle.

C'était la chambre du marquis de la Roche-Gommard.

Elle avait l'air bien sombre et bien austère, cette chambre!

On eût dit de la cellule d'un dominicain.

Rien pour flatter le regard….. Mais l'ameublement consistait en un lit de camp simplement couvert d'une peau d'ours, deux tables chargées de livres, cartes, mappemondes, instruments de physique et d'astronomie, quelques escabeaux et une cassette scellée dans la muraille blanchie à la chaux. Le seul ornement digne d'attention était un grand christ en bois noir, d'une exquise pureté de formes. On prétendait que ce christ était l'oeuvre du fameux Michel-Ange, qu'il avait été enlevé à l'église du Saint-Esprit, à l'époque des guerres d'Italie, et vendu cent marcs d'argent au père de Guillaume de la Roche.