»Celui-ci s'éloigna vers le nord, et le bateau du fils du mégissier suivit. Le canot noir ayant viré de bord, l'autre vira de bord aussi. On aurait dit que le premier était d'aimant et le second d'acier, et fidèlement ils exécutaient les mêmes évolutions!

»Cependant le bateau se rapprochait petit à petit du canot noir, et, après une heure de manoeuvres dans la baie, ils tournèrent brusquement vers le septentrion et cinglèrent de ce côté.

»Alors, ils se touchaient presque! Le ciel s'était tout à coup chargé de nuages; la mer courroucée hurlait sur les rochers, et des bandes de griffons, plus gros que des vautours, battaient l'air de leurs ailes, avec des criaillements lugubres.

»Les deux bateaux apparaissaient encore, mais comme un brasier allumé aux confins de l'horizon. Puis, soudain, un coup de tonnerre effroyable retentit et l'on ne vit rien… que la mer blanche d'écume qui se tordait le long du rivage!

»Les gens de Saint-Malo coururent à l'église et prièrent la bonne Vierge de sauver Louison et le fils du mégissier. La journée se passa sans qu'on eût de leurs nouvelles. Mais, vers minuit, au plus fort de la tempête, des mariniers remarquèrent, à la lueur des éclairs, un canot qui entrait dans le port.

»Il était monté par deux personnes, un homme et une femme.

»En débarquant, l'homme jeta son bras autour du cou de la femme et lui dit:

»—Tu me jures, sur le salut de ton âme, d'être à moi?

»—Oui, à toi, rien qu'à toi, toujours à toi! répliqua la femme.

»L'inconnu, alors, pencha la tête et embrassa la femme. Elle poussa un cri, et les mariniers virent un cercle flamboyant à la place où l'homme avait mis ses lèvres.