Sous le portrait était gravé le millésime 1573.

Jean de Ganay la contempla longuement. Il semblait qu'il ne pût se rassasier de ce tableau. Parfois, il se frappait le front, et paraissait chercher à rassembler des souvenirs fugitifs ou indécis et murmurait:

—C'est singulier!… je connais quelqu'un qui ressemble à s'y méprendre à cette personne… Ce n'est pas la mère de Laure de Kerskoên; non, elle était plus grêle, plus délicate. Qui est-ce donc? Pourtant, j'ai vu cette tête quelque part, et il n'y a pas longtemps… Mais où…? où…?

Reprenant le portrait, il le considéra encore avec un redoublement de fixité, enfouit sa tête dans ses mains pour réfléchir, et, par mégarde, laissa échapper le médaillon.

Philippe, qui l'observait silencieusement, se précipita pour ramasser l'objet, sur lequel, en le présentant au vicomte, il jeta un coup d'oeil qui lui arracha une exclamation.

—N'est-ce pas qu'elle est bien belle? dit celui-ci, répondant à ses propres pensées.

—Belle, messire! mais on dirait que c'est Yvon, répondit le matelot.

—Yvon! cet exilé!… Ah! j'y suis, repartit Jean de Ganay, comme un homme qui vient de retrouver le fil d'une idée vainement et longtemps cherchée.

—N'est-ce pas, messire?

—Oui, en effet, il y a de la ressemblance… une ressemblance frappante… C'est vraiment extraordinaire! Plus je le regarde et plus j'en suis saisi… On dirait que cette dame fut sa mère, et si ce jeune homme était une fille…