Tout à coup, le vicomte attira passionnément la main de Guyonne et se pencha comme pour y déposer un baiser, puis repoussant soudain la pensée qui l'entraînait, il se leva brusquement, avant d'avoir accompli cet acte, et se mit à parcourir la cabane en tous sens.

N'eût été l'obscurité, Guyonne aurait pu remarquer que les traits de l'amant de Laure de Kerskoên étaient décomposés et que des larmes ardentes jaillissaient de ses paupières.

De son côté Jean de Ganay se serait aperçu que le faux Yvon pleurait.

Un quart d'heure s'écoula sans qu'ils échangeassent une parole. Des mondes d'idées tourbillonnaient dans l'esprit du vicomte; Guyonne attendait dans une fébrile impatience la fin de cette scène. Involontairement elle laissa échapper un sanglot. A cette expansion de douleur, l'écuyer tressaillit. Il s'arrêta, fit sur lui-même un violent effort, et ensuite, d'un pas tranquille et ferme, vint s'asseoir près de la malade.

Le silence recommença; mais il fut de courte durée. Bientôt Jean de Ganay, qui paraissait en proie à une lutte intérieure, triompha de ses hésitations et, d'une voix presque solennelle, il demanda à la jeune fille:

—Ne m'avez-vous pas dit que vous étiez fils d'un pêcheur, vassal du soigneur de la Roche?

—Oui, messire murmura d'un ton inintelligible Guyonne, intimidée par le début de cet interrogatoire.

—Son fils! reprit le vicomte sans déguiser le mécontentement que lui causait la réponse.

Guyonne ne répliqua point. Elle avait peur; elle pressentait que son secret n'existait plus pour le vicomte! Et quand celui-ci répéta pour la troisième fois: «Son filas!» incapable de dissimuler plus longtemps, elle s'écria en joignant les mains:

—Oh! messire, pardonnez, pardonnez à une pauvre fille!… Je vous dirai tout… toute la vérité…