—Mort aux privilégiés! répondit Pierre.
De son mousquet, il ajusta le vicomte, le coup partit, le plomb siffla aux oreilles de l'écuyer, mais sans l'effleurer.
Ce fut le signal de l'engagement.
Furieux, les colons, à leur tour, firent feu sans attendre d'ordre. Les soudards répondirent, et des deux côtés plusieurs hommes tombèrent.
Le matelot Pierre, craignant que sa troupe ne fût pas assez forte, prit un sifflet et en tira un son aigu pour rallier les deux détachements qu'il avait chargés d'attaquer le camp en flanc. Philippe Francoeur sentit de quelle importance il était pour sa cause d'empêcher ce mouvement. Avec ses cinq hommes, il se jeta au-devant de l'Italien Ludovico Ruggi et le chargea vigoureusement. L'ayant atteint lui-même sur la lisière du bois, il le saisit à bras le corps et essaya de le faire prisonnier; mais l'Italien était souple autant au moins que le Maléficieux était robuste. Pendant quelques minutes il déjoua tous les efforts du matelot pour le renverser. A la fin, haletant, épuisé, il tomba à terre. Philippe lui mit le genou sur la poitrine.
—Rends-toi; lui dit-il.
—J'étouffe! bégaya Ludovico.
—Ta parole de m'obéir, et je te donne merci.
—Je jure sur les saintes reliques! proféra l'Italien.
Philippe Francoeur ne doutant pas de la loyauté de ce germent retira son genou; mais à l'instant, même, Ruggi, sortant de son habit un long stylet, s'élança sur le matelot et il allait l'assassiner lâchement, lorsqu'une détonation retentit.