Un être humain sort du monticule. Il chemine avec défiance vers le rivage, et il aperçoit la personne dont les clameurs l'ont attiré. Aussitôt il fait un geste de surprise.
—Sauvez-moi! oh! sauvez-moi! répéta la jeune fille éperdue.
Au son de cette voix, la surprise de l'homme augmente. Il s'éloigne avec rapidité. Guyonne, craignant qu'il ne l'abandonne, se laisse aller à une indicible terreur; car repoussé par le renvoi des vagues, son glaçon double lentement la pointe de l'île, et semble près de regagner la haute mer. Mais ce surcroît d'affliction ne dure pas, l'homme reparaît. Il est monté dans un canot et fait force de rames pour rejoindre l'épave de glace. Il arrive. Guyonne va se trouver mal.
—Yvon! s'écrie l'homme, on la recevant dans ses bras.
Il lui pose sur la bouche le goulot d'une gourde qui contient du genièvre; Guyonne en avale une gorgée.
—Philippe! dit-elle en lui pressant la main.
Le Maléficieux lui frotte les tempes avec le tonique. Elle le remercie des yeux. Il l'enlève sur ses bras et la dépose dans le canot.
En moins d'un quart d'heure, le brave matelot a transféré sa protégea dans une cabane pratiquée sous la neige. Un feu ardent flambe, au centre. La chaleur redonne des forces à la jeune fille. Un pâle sourire vient effleurer ses lèvres décolorées.
—Encore un coup, dit Philippe en lui présentant la gourde.
Guyonne fit un signe négatif.