—Oh! il y pourvoyait abondamment. L'îlot est plein de gibier. Le Muet était d'une adresse extraordinaire. Il s'était fabriqué un arc et rarement ses flèches manquaient le but.

—Mais l'hiver?

—Nous vivions de poisson fumé. Avec des peaux de veau marin je faisais mes vêtements. Quant aux siens, il les façonnait lui-même sans vouloir que j'y misse les mains.

—Refusait-il de vous ramener à l'île de Sable?

—Bien souvent, vous le comprenez, je témoignai ce désir. Mais alors il sanglotait, et ses larmes me tombaient sur le coeur…

—Quelle horrible situation! dit le matelot avec attendrissement;.

—Oh! j'ai bien souffert, allez! répliqua Guyonne. Cependant, si grandes qu'aient été mes souffrances, durant ces longs jours de misère et d'abattement, elles n'ont pas égalé celles que j'ai ressenties, quand je l'ai vu disparaître sous les flots.

—Il s'est noyé!

—Hier nous étions allés à la pêche sur un banc de glace qui s'était fixé à la rive sud de l'îlot. Pendant que nous pêchions, un ours énorme arriva près de nous. Mon père se précipita au-devant de l'animal, qui l'enlaça dans ses pattes et le broyait dans cet embrassement, lorsque je volai à son secours. A ce moment, la glace se rompit et l'infortuné s'enfonça dans le gouffre avec le monstre.

—Mais vous?