—Relevez-vous, relevez-vous, dit-il vivement, et détournant la tête pour dérober les pleurs qui mouillaient ses yeux.

—Non, monseigneur, c'est la seule posture qui convienne à une misérable pécheresse comme moi, répliqua-t-elle avec exaltation. J'ai gravement offensé notre Père qui est aux cieux, et vous, monseigneur. Mais croyez à ma parole; si mon frère Yvon était parti, son père serait mort de chagrin. Pour pénitence, monseigneur, imposez-moi les plus durs travaux… Oh! je serai trop heureuse de vous être utile à quelque chose…

—Noble fille! S'écria le vicomte en la forçant de se rasseoir, séchez ces larmes. Le trait que vous avez accompli est digne des plus beaux éloges sur la terre et d'une récompense éternelle dans l'autre monde. Ne Courbez pas le front, Guyonne, car vous êtes l'honneur de votre sexe. Qui, moi, j'oserais blâmer un semblable dévouement, j'oserais le traiter de faute! non, non! bien plutôt je proclamerais à la face du globe que vous êtes la plus vertueuse et la plus héroïque des femmes.

—Quoi, monseigneur, vous ne me repoussez pas? vous m'absolvez? dit
Guyonne, en saisissant la main du jeune homme qu'elle baisa malgré lui.

—Je vous admire! murmura-t-il d'un accent enthousiaste.

Alors seulement Guyonne osa lever ses yeux humides sur Jean de Ganay, qui à son tour, par une impulsion irréfléchie, lui prit la main et la porta à ses lèvres.

Par cette action, le vicomte de Ganay montait jusqu'à lui Guyonne la poissonnière. Cependant celle-ci fut plus charmée que surprise, car, avec la pénétration que les femmes conservent, même dans les positions compliquées, elle pressentait l'amour du jeune homme pour elle.

—Vous vous nommez Guyonne? demanda-t-il, après un moment de silencieuse rêverie.

—Oui, monseigneur.

—D'où êtes-vous?