IX

AMOUR

Au cri du jeune homme, comme un lugubre écho, répondirent deux autres cris: l'un déchirant, plein d'angoisses; l'autre, terrible, plein de menaces. Guyonne avait poussé le premier, Philippe Francoeur, le second. Débouchant d'un bouquet de sapins, ce dernier se précipita vers une dune de sable derrière laquelle un homme se tenait tapi. Le Maléficieux était pourpre de fureur sa main brandissait un long coutelas. Il fondit sur l'homme et l'assaillit avec rage. Une lutte s'engagea, lutte courte et fatale. Bientôt le matelot eut désarmé son adversaire, qui se défendait avec la crosse d'un mousquet; puis il le terrassa et lui plongea son couteau dans le coeur.

Ce combat avait été rapide comme l'éclair. Après s'être assuré que l'ennemi n'existait plus, Philippe s'avança vers la grotte. Il trouva Guyonne accroupie près du vicomte de Ganay, blessé à l'épaule par une balle. La jeune fille, tout en pleurs, avait déchiré le vêtement du vicomte et s'efforçait d'étancher le sang qui jaillissait à flots d'une plaie béante.

Durant cette opération, le jeune homme lui souriait doucement; il semblait heureux de l'accident qui, mieux qu'un aveu, lui apprenait l'amour de Guyonne pour lui.

—Oh! Philippe, s'écria-t-elle en apercevant le matelot, c'est le ciel qui vous envoie! venez, venez vite, monseigneur se meurt, aidez-moi à le secourir!

—Monseigneur!… répéta Philippe d'un ton douloureux.

—N'ayez pas d'inquiétudes, mes chers amis, dit dolemment le vicomte, ce ne sera rien; aucune des parties nobles n'a été attaquée. Tâchez seulement d'arrêter l'effusion du sang, car je m'affaiblis.

—Mon Dieu! mon Dieu! sauvez sa vie et prenez la mienne! sanglotait la pauvre Guyonne.

—Voyons, dit Philippe, en se baissant, je me connais aux entailles, moi, oui bien!