—A moi, à moi! clama Guillaume de la Roche, distinguant les couleurs de ses pennons.
Aussitôt les nouveaux venus piquèrent des deux, et les agresseurs, dans la prévision qu'ils seraient accablés par le nombre, tournèrent bride et s'enfuirent au galop.
Le marquis détacha quelques hommes à leur poursuite, puis il mit pied à terre pour savoir quelle était la victime de l'attentat contre sa personne. Jean de Ganay voulut aider de la Roche dans cette perquisition, mais un coup d'oeil l'arrêta. Couvert de sang et de poussière, le blessé haletait sourdement sous son enveloppe de fer. Il avait été atteint au défaut de l'épaulière droite et se tordait en proie à d'horribles tortures. Guillaume de la Roche s'approcha de lui, appuya son genou sur sa poitrine, déboucla les jugulaires de son heaume, enleva la coiffure et examina un instant la figure du routier.
—Qui es-tu? lui demanda-t-il.
—A boire! j'ai soif, je brûle, pour l'amour du ciel, donnez-moi à boire! répondit l'inconnu d'une voix étranglée.
Sur l'ordre de Guillaume de la Roche, un des hommes d'armes courut à une source voisine, puisa de l'eau avec son morion et l'apporta au blessé qui but avidement ce liquide rafraîchissant.
—Ah! continua-t-il, cela fait du bien!
—Mais qui es-tu? à qui appartiens-tu? réitéra le marquis.
L'étranger garda le silence.
—Parle, ou je te perfore comme un misérable hérétique, poursuivit la
Roche avec un geste significatif.